L’Assassin sans scrupules de Henning Mankell

Jean-Pierre Thibaudat, Libération, 11 mars 2005

Mankell, troll d’énigme. Et nous voici rendu au pays de Peer Gynt comme si cette pièce cosmique en était un écho voire une alcôve. Ce glissement sémantique et poétique doit beaucoup à Blandine Savetier qui signe là une première mise en scène très prometteuse et à ses interprètes. Belles variations fuguées sur l’adolescence enfouie.

Le président de Thomas Bernhard

Brigitte Salino - Le Monde - 25 avril 2007 – Le destin tragique d'un homme de pouvoir

Pour jouer ce théâtre-là, il faut des acteurs d'exception, capables de lier le rire et l'angoisse dans un même souffle. C'est le cas de Dominique Valadié, qui interprète la présidente. Force, précision, justesse, monstruosité et humanité : il y a tout dans son jeu. En plus, elle a ce don que l'on appelle "présence" : il suffit qu'elle soit sur le plateau pour que le théâtre advienne... il faut saluer l'élégance de la mise en scène de Blandine Savetier, une jeune femme à découvrir. Avec Le Président, elle signe sa quatrième mise en scène, la première à Paris.

Oh les beaux jours de Samuel Beckett

Philippe Meyer, France Culture, Février 2012

J’ai vu Yann Collette dans la mise en scène de Blandine Savetier et je dois dire que je suis dans une admiration sans borne pour la capacité extraordinaire à jouer ce texte exactement comme, il me semble, Beckett doit être joué et monté… Une mise en scène qui renouvelle l’écoute de la pièce et fait entendre l’humour, la tendresse et la cruauté du regard de Beckett sur l’humain, la dernière image, la montée du mamelon par Willie, est d’une poésie déchirante.

Oh les beaux jours de Samuel Beckett

Brigitte Salino, La dispute, France Culture, 6 février 2012

Le désarroi de cette femme, la lucidité désespérante de Beckett sur le temps, sur la mémoire, sur l’amour, sur tout ce qu’on veut…, ça on l’a dans le Oh les beaux jours qui est joué pour la première fois par un homme, et c’est Yann Collette et c’est mis en scène par Blandine Savetier… une frontière entre le masculin et le féminin s’efface complètement et là, on est vraiment dans le gouffre de ce que peut dire Beckett dans cette pièce et là, c’est absolument admirable et c’est déchirant.

Oh les beaux jours de Samuel Beckett

Brigitte Salino, Le Monde, 9 février 2012

Un grand écart. Cette Winnie signe une petite révolution. Pour la première fois en France, le rôle est tenu par un homme, Yann Collette. Irène Lindon, la directrice des Editions de Minuit, l’a accepté parce que Blandine Savetier a su la convaincre qu’il ne s’agissait pas de trahir la sacrosainte indication de Beckett[…] Le mamelon en plastique noir (de Yann Collette) ressemble à une coulée de lave. Sa voix à peine éraillée, nous emmène dans ce monde de la vieillesse où le masculin et le féminin se confondent. La solitude de Winnie, «cette damnée de l’espérance», …, n’en est que plus déchirante.

Love and Money de Dennis Kelly

Annie Chénieux, Le Journal du Dimanche, 25 mars 2014

«…la mise en scène de Blandine Savetier plonge dans l’univers technologique déshumanisant où sont pris les personnages: échanges de mails, écrans de visions urbaines… Sur le devant de la scène ou apparaissant derrière des vitrines mobiles, les comédiens s’emparent du texte et se jettent ardemment dans cet univers où le virtuel dévore le réel. Une condamnation radicale du libéralisme à outrance qui donne à réfléchir, défendue avec ardeur par Guillaume Laloux, Gilles Ostrowsky, Laurent Papot, Irina Solano, avec une mention spéciale pour Julie Pilod.»

Love and Money de Dennis Kelly

Sylviane Bernard-Gresh, Télérama, 26 mars 2014

On aime beaucoup 

La pièce de Dennis Kelly (2006) raconte, en commençant par la fin et en sept fragments, l'histoire du couple que forment David et Jess. Cette dernière croule sous les dettes et tente de se suicider. Quand David la découvre, plutôt que de la sauver, il l’achève en pensant à la voiture qu’il va pouvoir s’acheter. On remonte le cours de cette descente aux enfers. Eminemment politique, la pièce dit, sur un rythme trépidant, la violence urbaine, la destruction du sens et de l'amour par l'argent. Blandine Savetier la met en scène dans un décor saturé de nouvelles technologies, qui font ressortir la froideur électrique, le cynisme d'un monde ultralibéral, en épousant ainsi la fragmentation et les soubresauts. Avec justesse et sensibilité, Julie Pilod (Jess) et Guillaume Laloux (David) donnent bien toute la mesure d'un monde sans boussole.

Neige d’Orhan Pamuk

Orhan Pamuk, interview à TV5 Monde, 25 mars 2017

Ce roman, je l’ai écrit en 2001 en Turquie et j’avais de nouveau envie de le revivre… Il y a 3 ans, Blandine (Savetier) a commencé à l’adapter… Je savais que ce livre imaginé et écrit 20 ans plus tôt était vivant. Mais je voulais le voir vivre sur scène. Je suis heureux de cette adaptation. J’ai senti que mon livre était vivant dans cette adaptation en Français. J’ai beaucoup aimé l’adaptation de Blandine. Je suis admiratif de l’enthousiasme des acteurs, de leur densité, de leur implication dans le jeu.

Neige d’Orhan Pamuk

Sophie Joubert, L’Humanité, 6 février 2017

À la lumière des événements récents en Turquie, cet ouvrage, Neige, publié en 2002, apparaît comme visionnaire. Tout est là : la violence politique, les tensions entre islam et laïcité, entre la capitale et la province, l’individu et la communauté, l’Europe et l’Orient, les atteintes à la liberté d’expression. On ne saurait pour autant réduire cette grande œuvre de fiction à ses liens avec l’actualité, Blandine Savetier l’a bien compris. Elle signe un beau spectacle polyphonique, servi par des acteurs de toutes origines, qui plonge au cœur des questionnements de l’être humain et de l’artiste. « Je veux un Dieu qui comprenne ma solitude », dit Ka, éternel prisonnier d’une tempête de neige qui ne finit jamais.

Neige d’Orhan Pamuk

Corinne François-Denève - Un fauteuil pour l’orchestre - 1er avril 2017 – ƒfƒ (à ne manquer sous aucun prétexte).

«… L’adaptation que Blandine Savetier livre sur le plateau sait rester ample et lyrique… L’odyssée neigeuse de Ka, dans sa mise en scène, conserve une lente majesté… Effluves de raki, lumière crépusculaire, flocons dansant dans le clair-obscur, citations du Livre des Rois de Firdousi, apparition surnaturelle de Nedjip, l’islamiste fan de science-fiction, fracas des armes en bruit de fond, orientalisme proposé en miroir à l’Europe… La mise en scène de Blandine Savetier met en valeur le texte, tout en faisant le choix d’une ostensible théâtralité. Entre distanciation brechtienne et illusion baroque, poétique et inspiré, ce Neige parle bellement de choses vilaines – par les temps qui courent, apoétiques et historiques jusqu’à l’asphyxie, voilà un luxe bien nécessaire.»